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Cécile Ladjali, jeune agrégée de lettres, enseigne dans un lycée de la banlieue parisienne. A la fin de l'année 1998, elle prend contact avec George Steiner, érudit, membre fondateur du Churchill College à Cambridge, qui occupe la chaire poétique à Harvard et anime un séminaire de littérature comparée à l'université de Genève.
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Ce professeur de renommée internationale va accepter de préfacer un recueil de poésie,
Murmures (édition L'Esprit de la péninsule, 2000), composé par les élèves de Cécile Ladjali. Au fil du temps, une correspondance, puis une complicité et une amitié vont se développer entre les deux enseignants, qui se retrouveront sur France-Culture, pour parler de leur métier, de leurs passions, dans l'émission "Cas d'école", de Nicolas Demorand.
C'est cet échange enthousiaste que retrace l'essai
Éloge de la transmission. Le maître et l'élève (Albin Michel, 2003).
Loin de toute polémique, les deux professeurs évoquent le bonheur d'enseigner, les déceptions (parfois), les espoirs (souvent), leur pratique, leurs exigences, leur amour de la littérature...
Extraits :
"On est conscient de ce que l'on est que lorsqu'on est confronté à l'altérité. Le professeur doit dépayser son élève, le conduire là où il ne serait jamais allé sans lui et lui offrir un peu de son âme, peut-être parce que toute formation est une déformation."
Cécile Ladjali, préface à
Éloge de la transmission. Le maître et l'élève.
"[...] je regrette que l'on n'apprenne plus par coeur. Apprendre par coeur, tout d'abord, c'est collaborer avec le texte d'une façon tout à fait unique. Ce que vous avez appris par coeur change en vous et vous changez avec, pendant toute votre vie. Deuxièmement, personne ne peut vous l'arracher. Parmi les salauds qui gouvernent notre monde, la police secrète, la brutalité des moeurs, la censure – et il y en a aussi chez nous sous toutes les formes –, ce que l'on possède par coeur nous appartient. C'est une des grandes possibilités de la liberté, de la résistance."
George Steiner,
Éloge de la transmission. Le maître et l'élève (p. 60).
"Oui, je crois profondément que lorsqu'on abandonne l'apprentissage par coeur – et l'enfant peut apprendre vite, admirablement –, si on néglige la mémoire, si on ne l'entretient pas à la manière de l'athlète qui exerce ses muscles, alors elle dépérit. Notre scolarité, aujourd'hui, est de l'amnésie planifiée."
George Steiner,
Éloge de la transmission. Le maître et l'élève (p. 61).
"Je crois passionnément que chaque langue est une ouverture sur un monde totalement nouveau. Chaque autre langue permet de vivre une autre vie, mais il y a là un grand luxe. Pour le commun des mortels, pour ceux qui sont monoglottes, qui vont vivre dans leur culture linguistique, il est évident que maîtriser leur langue c'est l'ouverture sur la maturité d'esprit et sur la présence politique dans notre société."
George Steiner,
Éloge de la transmission. Le maître et l'élève (p. 79).
"En nivelant, en faisant une fausse démocratie de la médiocrité, on tue chez l'enfant la possibilité d'outrepasser ses limites sociales, domestiques, personnelles et même physiques."
George Steiner,
Éloge de la transmission. Le maître et l'élève (p. 99).
"Goethe a dit : « Celui qui sait faire fait. Celui que ne sait pas faire enseigne. » Et j'ajoute : « Celui qui ne sait pas enseigner écrit des manuels de pédagogie. »"
George Steiner,
Éloge de la transmission. Le maître et l'élève (p. 93).
"De la patience, de l'hésitation, de la lenteur. Écoutez, c'est Pascal qui, comme toujours, a tout dit : « Si on arrive à être assis dans une chaise silencieusement, seul dans une chambre, on a eu une très grande éducation. » Et c'est terriblement difficile."
George Steiner,
Éloge de la transmission. Le maître et l'élève (p. 91).
Citant Martin Heidegger : « Si vous voulez des réponses, faites des sciences. Si vous voulez des questions, lisez de la poésie. »"
Citant Baudelaire : « L'Art est long et le temps est court. »
"Notre métier d'enseignant, quel qu'en soit le niveau peut être épuisant, décevant. Il peut donner une terrible aigreur, mais il y a une récompense suprême, qui est de rencontrer l'élève beaucoup plus doué que soi-même, qui va avancer bien au-delà de soi-même, qui va peut-être créer l'oeuvre qu'un prochain enseignant va enseigner."
George Steiner,
Éloge de la transmission. Le maître et l'élève (p. 136).
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