Kester Lovelace est une personnalité originale. Professeur de langues dans une vie antérieure, il a enseigné le français en Angleterre et l'anglais en France. Il est aussi comédien, metteur en scène, professeur d'art dramatique. Il dirige aujourd'hui la compagnie « Drama Ties » qu'il a fondée en 1999, une troupe de comédiens anglophones qui interviennent en milieu scolaire. Avec des objectifs que l'on retrouve dans le Cadre européen commun de référence pour les langues.
La Maison des enseignants : Pourquoi avoir choisi d'appeler votre compagnie Drama Ties?
Kester Lovelace : A cause du jeu de mots drama ties / dramatize. Jeu de mots prolongé dans le logo. On y voit les deux masques de la comédie et de la tragédie avec la « cravate » à rayures de l'uniforme des écoliers anglais. Ties, ce sont aussi les liens avec le public, les échanges avec l'Angleterre et la France, l'école et le théâtre.
M. D. E. : D'où vient cet intérêt pour le théâtre en milieu scolaire ?
K.L. : Lorsque je suis venu comme assistant en France, j'ai découvert la troupe d'Andrew Wilson, ACT,.qui mettait en scène des pièces pour un public scolaire. Je rêvais d'en faire partie car cela me permettait de réunir mes trois passions pour le théâtre, l'enseignement et la France. J'ai rejoint la troupe en 89. A l'époque, on jouait The secret diary of Adrian Mole. J'y ai travaillé comme régisseur, acteur et j'ai créé des ateliers-théâtre en anglais en 1992. Au bout de 10 ans, j'ai eu envie de créer ma propre compagnie pour pouvoir évoluer et explorer d'autres formes d'animation : des stages de vacances, des clubs extra-scolaires, des cours pour adultes... .J'avais également besoin de collaborer avec d'autres comédiens et des enseignants pour avancer dans ma réflexion et proposer d'autres approches aux élèves, aux professeurs stagiaires. Je suis frappé par la manière dont on enseigne les langues étrangères en France. La mise en place de l'approche communicative et de l' «active learning », qui existent depuis plus de trente ans en Angleterre, n'est pas vraiment généralisée ici.
Donc, au bout de trois années, nous étions une petite équipe de quatre ou cinq acteurs et nous avons monté notre premier spectacle Rumpelstiltskin .Cela fait deux ans que je travaille avec plus ou moins la même équipe. Ce sont tous des comédiens anglophones professionnels et qui ont une expérience du théâtre en milieu scolaire.
M.D.E. :Qu'est-ce qui fait la singularité de votre travail ?
K.L.: Je sais qu‘au collège, et davantage encore au lycée, certains enseignants préfèrent faire découvrir à leurs élèves un répertoire classique, inspiré de Oscar Wilde ou Conan Doyle, « les valeurs sûres » en quelque sorte. Nous cherchons à sortir de ces sentiers battus en créant de nouveaux « classiques ». Pour nous, la première des contraintes est de trouver une histoire qui va plaire aux jeunes spectateurs. Il faut ensuite imaginer une manière de raconter qui rende cette histoire claire et divertissante. Chaque événement dans une intrigue doit pouvoir être montré, visualisé. C'est pourquoi, le texte de départ est retravaillé et surtout beaucoup retaillé. On finit par couper tout ce que le spectateur va comprendre par l'action et la gestuelle des comédiens. Le choix des chansons est également très important dans tous nos spectacles, qu'ils soient destinés aux petits ou aux adolescents.
Prenons par exemple Prince Academy . C'est une satire de la télé-réalité inspirée du roman de Mark Twain The Prince and the Pauper. Le texte n'est qu'un élément de la mise en scène. Il n'est pas à mes yeux plus important que la gestuelle ou les chansons. Nous avons donné une quinzaine de représentations et les réactions des élèves comme des professeurs sont tout à fait positives. D'autant qu'il est possible en classe d'intégrer l'étude de la pièce dans la progression de l'année en s'appuyant sur l'accompagnement pédagogique fourni, avant et après la représentation.
J'ajoute que nous pouvons nous produire dans une salle de l'établissement ou dans une salle de spectacle municipale. De plus, nous organisons après le spectacle des ateliers destinés aux élèves.
M.D.E. :Vous animez également des formations de techniques théâtrales en IUFM pour les professeurs d'anglais et les formateurs.
K.L. : Avec deux objectifs. Dans un premier temps, donner l'occasion aux stagiaires de se (re)plonger dans un bain d'anglais. Les stages sont très ludiques et permettent à des professeurs habitués à parler un anglais scolaire – et donc limité – de pratiquer une langue authentique, riche et variée, et aussi de travailler la confiance en soi, la dynamique de groupe et les échanges entre enseignants.
Dans un deuxième temps, on fait faire aux enseignants des jeux et des exercices facilement adaptables à leurs élèves. On montre les techniques de base de tout jeu théâtral, pour ceux qui veulent aller encore plus loin, et se lancer dans la mise en scène de courtes pièces. On ne prétend pas en faire des professeurs de « drama » en six heures, mais les sensibiliser aux processus gradués qui les aider à dynamiser l'enseignement de l'anglais .
M.D.E. : Que voulez-vous dire par « drama » ?
K.L. : C'est un mot difficile à traduire. En France, on parle de techniques théâtrales, mais le « drama » c'est plus que cela. C'est une approche très concrète de la communication. Le « drama » vise à la maîtrise de la langue orale au moyen d'exercices gradués. Ainsi, on parvient à exercer la compétence d'interaction qui est une des compétences essentielles pour communiquer à l'oral. Il ne s'agit pas de faire des acteurs des élèves mais de les aider à se construire individuellement et socialement, à vivre avec l'autre.
C'est dans cette perspective que j'ai écrit avec Joëlle Aden 3, 2, 1...Action ! le Drama pour apprendre l'anglais au cycle 3. Le livre s'adresse aux professeurs des écoles et ceux des classes de 6e ou européennes. C'est un outil d'autoformation. On trouve sur le CD d'accompagnement une aide pédagogique très utile pour des non linguistes. Ce n'est pas une méthode de langue. L'apprentissage de l'anglais se fait à partir des objectifs du « drama ».
M.D.E. : Quel le programme de la prochaine saison ?
K.L.: Pour les plus jeunes, nous reprenons Snow White's Black Heart, une adaptation insolente des deux contes des frères Grimm autour de Blanche Neige. C'est un spectacle destiné aux CE et CM qui marche également très bien en 6e. Un nouveau spectacle, destiné aux CM2, 6e et 5e, s'intitulera The Quest for the Gorgon's Head. C'est une création de la compagnie, une version « anglaise »du mythe de Persée et de la Gorgone ou comment revisiter aujourd'hui l'héritage commun de la Grèce antique. Nous voulons que ce soit un spectacle drôle et interactif. Le public aidera Persée dans sa quête de la tête de la Méduse maléfique. En choisissant un mythe fondateur de l'identité européenne, la compagnie s'inscrit complètement dans une démarche interculturelle.
Pour les adolescents, nous reprenons Prince Academy en mars prochain au Vingtième Théâtre à Paris et à l'Agora à Evry. Il y a aussi un projet assez original, conçu et réalisé par un de nos acteurs, Dario Costa, qui est australien. C'est un spectacle-atelier qui s'appelle Voyage to Australia, un one-man show de 45 minutes suivi d'un atelier où il reprend avec les élèves les thèmes et les personnages du spectacle. Pour les professeurs de lycée et de troisième qui ont envie de sortir des sentiers battus et aborder de nouveaux thèmes, c'est l'occasion idéale.
Nous présenterons nos pièces en dehors de l'Ile-de-France à la demande. Les collègues intéressés sont invités à prendre contact avec nous à la rentrée scolaire.
Pour en savoir plus http://www.drama-ties.com
Un site où les professeurs d'anglais pourront compléter leur information sur la compagnie, les spectacles, les stages organisés pour les enseignants et les ateliers proposés aux enfants. Ils y trouveront aussi des extraits des pièces citées dans l'interview et l'accompagnement pédagogique.
L'ouvrage :
3,2,1...Action ! Le drama pour apprendre l'anglais au cycle 3 par Joëlle Aden et Kester Lovelace (Coll. « Professeur aujourd'hui ») est disponible :
- sur la cyberlibrairie du CRDP de l'académie de Créteil
http ://www.crdp.ac-creteil.fr/scripts/cyberlibrairie/index.php
- les librairies des CRDP et CDDP
- la librairie de l'éducation 13, rue du Four 75006 Paris
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