Il se passe des choses curieuses dans un des collèges de l'Ile de France.
LE MONDE | 07.02.03 | 13h17 :
Sous la pression des enseignants et du maire Eric Raoult, une classe de jeunes étrangers est délocalisée
L'inspecteur d'académie transfère ces élèves d'un collège de bonne réputation, au Raincy, dans un lycée professionnel de Bondy. Le MRAP qualifie cette décision de "discriminatoire".
Le collège Jean-Baptiste- Corot, dans la commune tranquille et bourgeoise du Raincy, en Seine-Saint-Denis, tient à sa réputation. Depuis longtemps, des parents des communes voisines cherchent à y obtenir l'inscription de leur enfant.
Est-ce pour cela que les enseignants, quand ils ont vu s'installer en novembre dans leur établissement une classe de jeunes étrangers, l'ont mal accepté ? Avec le soutien du maire, Eric Raoult (UMP), ils ont obtenu le transfert de la classe de jeunes étrangers indésirables dans un lycée professionnel de Bondy.
Le secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), Mouloud Aounit, a qualifié la délocalisation de ces élèves d'"exclusion injustifiée, inacceptable et au demeurant, discriminatoire". Dans un courrier adressé jeudi 6 février au préfet, M. Aounit demande que la situation soit réexaminée.
L'histoire remonte à la fin novembre. La principale du collège avait alors été sollicitée par la mission générale d'insertion de l'éducation nationale pour accueillir jusqu'à la fin de l'année un groupe de quinze élèves, principalement des étrangers de plus de 16 ans, arrivés récemment en France et ne maîtrisant pas la langue. Ces jeunes devaient disposer d'une remise à niveau, pour l'essentiel en français, avant d'être orientés en lycée professionnel, en contrat d'apprentissage ou encore vers une mission locale. Une petite équipe pédagogique avait été constituée, avec une enseignante spécialisée dans l'enseignement du français langue étrangère (FLE) pour le groupe d'Africains, de Maghrébins, de Turques, d'Haïtiennes et de Comoriens.
En décembre, le conseil d'administration du collège Jean-Baptiste-Corot était informé de cette initiative. Le 7 janvier, les jeunes non-francophones et leurs parents étaient convoqués dans l'établissement pour les informer du lancement des cours. Mais, mécontents, les enseignants ont organisé, dès le 16 janvier, une assemblée générale pour protester contre l'introduction de ce module FLE dans leur établissement. Le lendemain, ils envoyaient une pétition à l'inspection académique, dénonçant l'absence de concertation. Ils estimaient en effet que ces élèves devaient bénéficier d'un enseignement adapté, ce qui est pourtant le cas. Selon eux, l'accueil de jeunes entre 16 et 18 ans – donc plus âgés que les autres élèves – posait problème : les professeurs craignaient notamment que ces jeunes ne transgressent le règlement.
Le 27 janvier, c'était au tour d'Eric Raoult, député, maire UMP du Raincy, d'écrire à l'inspecteur d'académie de Seine-Saint-Denis, Jean-Charles Ringard. Il exprimait son "opposition à voir des adolescents, voire de jeunes adultes, fréquenter un collège dont les élèves, garçons et filles, sont beaucoup plus jeunes qu'eux".
"Cette proximité pose un réel problème de promiscuité, voire de sécurité pour les risques d'aller et venir dans un collège où des problèmes sont malheureusement déjà intervenus", poursuivait l'ancien ministre délégué à la ville et à l'intégration, estimant que "cette malencontreuse décision" (...) "se doit d'être réexaminée le plus rapidement possible". Il proposait alors une délocalisation de ces élèves vers les lycées Cassin ou Schweitzer de sa ville. Le lendemain, les responsables du projet étaient informés du transfert et les cours étaient interrompus le jeudi 30 janvier.
M. Ringard confirme avoir pris la décision de transférer le groupe dans un lycée professionnel de Bondy, à partir du lundi 24 février, après avoir été alerté par les enseignants puis par M. Raoult, qui lui a fait part de l'émotion de certains parents. "Je ne voudrais pas que ce transfert soit interprété comme un problème de discrimination, explique M. Ringard. Face à un problème de classe d'âge, nous avons voulu adapter la situation le plus rapidement possible."
Un texte a été découvert dans l'établissement, le 29 janvier, avec comme inscription "Le Raicy -sic- aux Français, Corot aussi, les FLE -français langue étrangère- noirs-arabes dehors".
Martine Laronche
Article paru dans l'édition du 08.02.2003
Cette réaction au sein du collège mérite d'être explicitée par les collègues et appelle pour le moins un débat ! (NDLR MV)